Que l’on souhaite améliorer sa qualité de vie, s’émanciper de certaines contraintes et travers de notre société (surconsommation, pollution, malbouffe, dépendance à la logistique, etc.), ou encore prévenir une situation d’urgence potentielle (panne d’électricité, canalisation gelée, grève des transports…), ou un évènement climatique de haute intensité (chutes de neiges en quantité inattendue, inondations, etc.), l’une des questions principales reste la nourriture. Nous le savons tous intuitivement. Se posent alors les questions suivantes : Comment faire pour se nourrir ? Comment bien se nourrir ? Comment bien se nourrir dans le temps ?
Deux approches à cette situation sont possibles. Elles sont à la fois contradictoires et complémentaires.
L’approche dite “survivaliste” consiste d’abord à amasser de la nourriture et à la stocker. À stocker beaucoup le plus souvent. Puis à protéger ses stocks de pilleurs éventuels. Parallèlement à ce stockage massif, certains préconisent la mise en place d’une agriculture de subsistance à l’échelle individuelle, voire pour un petit groupe.
L’approche dite “résiliente” joue sur la diversité des sources d’approvisionnement plus que sur la taille des stocks pour assurer :
- la bonne qualité / quantité des aliments consommés ;
- la mise en place et le maintien des contacts sociaux (en effet, les échanges locaux et le partage entre voisins sont des supports implicites pour le lien social et favorisent le fonctionnement en réseau plutôt qu’en îlots isolés.) ;
- la prévention des effets “stockage / prédation” par une circulation plus fluide des échanges, et le maintien d’un système alternatif de commerce local (troc, par exemple).
Stocker la nourriture, le pour et le contre …
Le stockage est toujours limité par plusieurs facteurs évidents : budget, espace, conservation, et surtout le temps, pour la gestion nécessaire des stocks. L’expérience démontre qu’un stock alimentaire important (supérieur à quelques semaines) requiert qu’on s’occupe régulièrement de lui. Les trois points les plus contraignants et demandeurs de temps sont la gestion des nuisibles, le suivi des dates de péremption (même par une rotation, ça demande beaucoup de manutention à chaque approvisionnement), et le rangement permanent (plus on a de stock, plus l’entropie s’y installe vite).
Deux types de nuisibles principaux :
- Les mites alimentaires : dans tout stock de pâtes, riz, céréales, fruits à coque, sauf s’ils sont conditionnés en contenants étanches rigides, de type métal, verre ou plastique très épais.
- Les souris et rats : ils mangent absolument tout ce qui se trouve dans un emballage carton ou plastique et prolifèrent très vite (les rats peuvent aller jusqu’à ronger les boîtes de conserve en métal : une boîte de conserve les ralentit à peine s’ils comprennent qu’il y a des choses à manger dedans).
Ce ne sont que deux exemples, il y en a bien d’autres selon les régions et le contexte.
Dates de péremption
Le stockage en grande quantité implique aussi qu’on tienne compte des dates de péremption des aliments stockés, et qu’on stocke de préférence des denrées alimentaires non-périssables. Si on stocke beaucoup et qu’on fait une rotation permanente, on peut se retrouver ainsi à manger en quasi-permanence des produits qui approchent de leurs dates de péremption, ce qui implique :
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des qualités nutritionnelles altérées ;
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une présence importante de composés chimiques présents dans tous les aliments au contact de plastiques (ce qui inclut la plupart des boîtes de conserve du commerce).
En réalité le stock devrait servir de tampon (de quelques jours à quelques semaines). Il permettra de gérer les périodes de crise (tempête, grève, etc.) en toute tranquillité, y compris en aidant ses proches. Si son utilité est indéniable, il devrait être limité pour éviter les effets pervers décrits ci-dessus. Par ailleurs, si les sources d’approvisionnement sont robustes et diversifiées, le stock est rarement nécessaire, et est indispensable pour des périodes plus courtes.
S’approvisionner en nourriture …
On peut différencier deux types extrêmes d’approvisionnement : un “moderne”, comme notre hypermarché par exemple, où les denrées proviennent de longues chaînes logistiques fragiles, et l’autre, “traditionnel”, issu d’une production locale, employant des méthodes “low tech”.
Un bref comparatif des avantages et inconvénients de quelques modes d’approvisionnement.
Industriel et issu de longues chaînes logistiques
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Avantages
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Inconvénients
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- Grande diversité de produits et de formats de stockage (boîte de conserves aluminium, verre, nourriture lyophilisée, séchée, …)
- Temps nécessaire à l’approvisionnement faible (simple acte d’achat + livraison éventuelle)
- Coût économique réduit
- Gain de place (aucun besoin de stockage ou de conservation)
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- Système très fragile (nombreux points de rupture possible : centres de stockage, transports, magasins)
- Système fortement couplé et très dépendant de l’électricité, du carburant, etc.)
- Stocks des magasins très réduits
- Modèle d’exploitation des ressources naturelles et des producteurs non viable à long terme ou en situation dégradée (hiver rigoureux, inondations…)
- En cas de crise peut devenir un lieu fortement achalandé, potentiellement dangereux (mouvements de panique, bagarres pour l’accès aux produits…)
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Local et issu de l’agriculture classique
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Avantages
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Inconvénients
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- Coût économique réduit
- Peu d’intermédiaires pour la distribution
- Temps nécessaire à l’approvisionnement faible (achat + livraison éventuelle)
- Gain de place (aucun besoin de stockage ou de lieu de conservation)
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- Modèle d’exploitation des ressources naturelles non viable à long terme
- Reste dépendant de chaînes logistiques fragiles pour fonctionner (semences, produits, carburants)
- Production peu robuste (animaux et plantes peu résistantes voire peu robustes, nécessitant beaucoup d’aides chimiques (engrais, médicaments…))
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Local et issu de l’agriculture paysanne (“low tech”, raisonnée, bio, etc.)
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Avantages
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Inconvénients
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- Indépendant des chaînes logistiques (local) pour la production (semences, produits)
- Pas d’intermédiaire, et tissage de lien social de proximité
- Modèle viable à long terme ou en situation dégradée (surtout traction animale)
- Temps nécessaire à la production faible (acte d’achat + livraison éventuelle)
- Troc souvent possible, et utile pour renforcer le lien social de proximité
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- Modèle émergeant, encore peu répandu par rapport à l’agriculture classique
- Modèle économique encore dépendant d’un approvisionnement en carburant, sauf cas rares (traction animale)
- Coûts plus élevés
- Relativement dépendant de la saisonnalité
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Potager personnel ou communautaire
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Avantages
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Inconvénients
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- Indépendant des chaînes logistiques pour fonctionner (semences, produits, carburant)
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Modèle viable à long terme et en cas de situation dégradée
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Possibilité, si plants normaux, de récupérer ses graines, de les échanger, de re-semer…
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Coût économique et écologique faible voire nul (réutilisation des déchets domestiques pour compostage / utilisation de la production pour du troc)
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- Nécessité d’avoir du terrain et l’accès à de l’eau (on peut limiter l’espace nécessaire en verticalisant les cultures)
- Temps nécessaire à la production très long (quelques semaines à quelques mois avant d’obtenir un produit, mise en conserve, etc.)
- Dépendant de la saisonnalité et des aléas climatiques (gel, pollution atmosphérique, etc.)
- Nécessite un minimum de savoir faire (temps d’apprentissage incompressible)
- Besoin de place (aucun besoin de stockage ou de lieu de conservation)
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Chacune de ces filières a, on le voit, des avantages et des inconvénients. Afin d’augmenter la redondance et la diversité (et donc la robustesse) dans nos chaînes d’approvisionnement, l’idéal reste de s’approvisionner, dès à présent, en diversifiant ses sources : en choisir plusieurs, très différentes les unes des autres, et les utiliser de manière parallèle.
Cela permet de :
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Profiter du choix et de la diversité offerte par le système actuel, ce qui n’empêche pas d’acheter des produits plus éthiques et plus écologiques en priorité ;
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tisser dès à présent des liens avec les producteurs locaux, avec une préférence pour ceux travaillant à remettre sur pied une agriculture paysanne “low tech”, respectueuse de la nature et de son fonctionnement en utilisant au maximum des méthodes autonomes (semences bio, traction animale, etc.) et un modèle économique alternatif ;
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commencer sans tarder à produire soi-même quelques légumes ou autres denrées (micro-élevage, agriculture en contenants, etc.), en fonction du temps et de l’espace disponibles, ne serait-ce que pour se faire la main et apprendre (un bac sur un balcon reste accessible à pratiquement tout le monde, même aux citadins occupés !).